Le texte ci-dessous est issu d’une tribune rédigée par Janek Vahk de Zero Waste Europe et Claire Arkin du réseau international GAIA et publiée dans Euractiv.
Alors que la Chine a fermé cette année ses frontières à l’importation de déchets plastiques, l’industrie pétrochimique n’a pas tardé à prôner les vertus supposées de la pyrolyse, autrement dit de la transformation du plastique en carburant ou en gaz. Dans le même temps, certains décideurs politiques ont commencé à en faire la promotion, invitant à considérer ce carburant comme une source d’énergie “renouvelable” pour le transport dans le cadre de la révision de la Directive européenne sur les énergies renouvelables.
La réalité est cependant bien différente et la technique de la pyrolyse est loin d’être environnementalement durable ou même économiquement “rentable”.
Dissimuler la surproduction de plastique ?
Penser que la technique de la pyrolyse pourrait être une solution à la crise de la pollution plastique est difficile à concevoir : aucune méthode de traitement des déchets n’est en mesure aujourd’hui d’absorber la production grandissante de plastique.
Selon l’étude de Science Advance, d’ici 2050, si nous continuons sur le même rythme, le volume total de plastique produit atteindra 34,000 millions de tonnes (plus de quatre fois de ce qui a été produit jusqu’ici), et représentera 15% des émissions de carbone dans le monde.
Cette même étude précise que seulement 9% du plastique produit à ce jour a été recyclé. Afin de préserver nos écosystèmes marins et terrestres de la pollution plastique, nous devons donc réduire la quantité de plastique produit et concevoir des produits durables s’inscrivant dans une véritable économie circulaire.
Des coûts importants
La pyrolyse est une technologie très coûteuse, qui demande beaucoup d’énergie et génère des émissions de substances potentiellement nocives.
Ses coûts sont estimés entre 6000€ et 9000€ pour 1 kilowatt d’énergie produit, soit deux fois plus que l’énergie solaire.
De plus, cette technique nécessite un processus lourd de prétraitement, en passant par le broyage et le séchage des déchets plastiques utilisés, qui consomment à eux seuls d’importantes quantités d’énergie.
Estimés à plusieurs milliards d’euros d’investissements, le développement de cette filière et des infrastructures nécessaires représenterait un énorme gouffre financier.
Et ces choix d’investissement par les gouvernements et industriels ne résoudrait pas pour autant la production croissante de plastique. Une fois construites, ces installations nécessitent ensuite un approvisionnement constant en plastique, incitant donc à une augmentation de la production.
Il serait donc plus pratique, sûr et rentable d’éliminer le plastique jetable et de promouvoir l’écoconception pour des produits et matériaux durables !
Des émissions problématiques
Les défenseurs de la pyrolyse prétendent que ces installations ne rejettent aucune émission de substances. Les plastiques sont pourtant issus de pétrole, gaz ou charbon, auxquels sont ajoutés des additifs (plastifiants, colorants..) et leur combustion relâche donc du carbone (le gaz à effet de serre) et potentiellement d’autres substances problématiques contenues dans les additifs.
Comme pour l’incinération, il faut aussi se méfier de “l’effet cocktail” : la combustion à haute température de différents types de plastiques et leurs additifs en mélange peut créer d’autres sortes de polluants organiques persistants tels que les dioxines ou encore les PCB.
Même si ces polluants sont captés, ils ne disparaissent pas et se retrouvent dans le produit lui-même (le carburant) ou dans les sous-produits issus du processus comme les eaux usées ou les déchets. La quantité de “sous-produits” issus de la pyrolyse peut représenter 15 à 20% de la totalité des déchets entrants [1]. Par ailleurs, une étude a montré que les carburants dérivés du plastique produisent plus d’émissions que le diesel, et ont un taux plus élevé d’acide sulfurique que le gaz et le diesel[2].
Une opportunité pour véritablement fermer la boucle
Alors que la prise de conscience citoyenne autour de la problématique des déchets plastiques grandit et que les décideurs politiques s’interrogent pour trouver des solutions, la pyrolyse ne peut apparaître comme une alternative sérieuse à la crise du plastique. Loin d’être “miraculeuse”, cette technique détourne au contraire encore une fois l’attention et les moyens (économiques, humains) des véritables solutions, tout en créant d’autres impacts en bout de chaîne.
Mieux vaut au contraire tirer les leçons de la crise du plastique pour investir dans des solutions innovantes de réduction des déchets (consigne, vrac, produits réutilisables…) pour lesquels les investissements font aujourd’hui souvent défaut.
[1] Etude de 2012 de ”the American Chemistry Council” : “One major problem [with pyrolysis] is the amount of residual waste produced that may call for landfill disposal is about 15 to 20 percent of the overall feedstock used in the process.”
[2] Kalargaris et. al, Energy Vol. 131, 2017; Khan et. al, Journal of Environmental and Public Health, 2016




